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Histoire de l'instrument...

De nouveaux sons

Le chant d'Enoch, Kasper T.Toeplitz, Laurent Dailleau, theremin  Big Briar, 1990-1993


 

Les premiers instruments électroniques (theremin, ondes Martenot, clavioline, orgues…) ont davantage pour but d’inventer de nouveaux timbres plutôt qu’une nouvelle musique. Plus encore, les inventeurs n’ont de cesse de convaincre le public que ce sont bien des instruments de musique à part entière.  

Lorsque Theremin se produit en public au musée polytechnique de Moscou le 5 octobre 1921, il interprète Le cygne de Camille Saint-Saëns (1835-1921), des airs folkloriques russes et des extraits de La Dame de Pique (1890) de Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893). Edvard Grieg (1843-1907) et Alexandre Scriabine (1872-1915) sont aussi au répertoire. La première pièce jouée sur l’onde Martenot à  l'Opéra de Paris est le choral de Ô Doux Jésus de Johann Sebastian Bach (1685-1750) ; La Marseillaise (1790) de Claude-Joseph Rouget de Lisle (1760-1835) est jouée lors de la présentation du Givelet.

Il s’agit davantage de s’extasier devant le prodige de l’électricité : « La voix humaine, le violon, l’alto, le violoncelle, la contrebasse, le cornet, le cor, le trombone, le saxophone, l’orgue, et presque tous les instruments imaginables sont battus sur leur propre terrain par ce simple petit appareil », témoigne le correspondant du Musical Standard qui assiste aux concerts du theremin à Londres en 1927.  

Cependant, certains compositeurs, dès les années 1920 -1930 voient dans ces nouveaux instruments, la possibilité de s’affranchir de la tonalité (« le carcan de douze demi-tons tempérés »). Edgard Varèse (1883-1965) utilise le theremin comme une sirène où les notions de ton, mode ou échelle sont évacuées. Mais les investigations dans l’écriture musicale restent timides, comme l’observe John Cage en 1937 : « Lorsque Theremin fournit un instrument avec des possibilités véritablement nouvelles, les thereministes firent tout leur possible pour faire sonner l’instrument comme d’autres anciens instruments, donnant un vibrato doucereux à vous lever le cœur, et exécuter, avec difficulté, des chef d’œuvres du passé. »  

La musique électro-acoustique se constitue après la Seconde Guerre mondiale. Il faut attendre les années 50 pour que se créent un peu partout en Europe des studios de création musicale dans lesquels sons concrets et synthétiques s’allient pour donner une nouvelle dimension à l’œuvre musicale.  

Pierre Schaeffer (1910-1995) conçoit en 1948 une musique concrète, tandis qu’au Studio de musique électronique de Cologne, fondé en 1952, Karlheinz Stockhausen (1928-2007), György Ligeti (1923-2006), Henri Pousseur (1929-2009), participent à l’élaboration de compositions musicales à partir de sons synthétiques produits par divers appareils (trautonium, melochord…).  

Un nouvel espace sonore peut alors se créer par la multiplication et la délocalisation des diffuseurs, ce que permettaient déjà le Telharmonium, le Theremin, le Givelet, l’onde Martenot.