> Dossiers pédagogiques > Instruments du Musée

Histoire de l'instrument...

Une nouvelle lutherie électronique






Sont appelés « électroniques » les instruments dont le son est généré au moyen d’oscillateurs électroniques (qui mettent en jeu une circulation d’électrons). Ils sont pour la plupart composés de différents éléments constitutifs, qui peuvent exister soit isolément, soit combinés différemment, intégrés ou non.

On distingue quatre appareils différents : le contrôle gestuel (clavier, ruban, boutons, les capteurs, etc.) ; le générateur de son (oscillateurs, modulateurs, filtres etc.) ; l’amplificateur du signal (ampli, filtres etc.); le transducteur de diffusion (haut-parleurs, écouteurs etc.)..     

Il subsiste néanmoins une certaine confusion terminologique.  Si tous les instruments pourvus d’un dispositif électronique utilisent l’électricité, tous les instruments électriques ne sont pas électroniques pour autant.    

L’électronique naît de l’invention, en 1906, de la lampe amplificatrice triode du savant américain Lee de Forest (1873-1961), qu’il baptise « audion ». Lee de Forest construit un instrument électronique en 1915 qui marque juridiquement la naissance de la lutherie électronique.

Le thereminovox, ou aetherophone est le premier instrument électronique à connaître un réel succès. Inventé par Leon Theremin (1896-1993) en 1920, il utilise le principe de l'hétérodyne : les fréquences de vibrations y sont commandées par les gestes de la main au voisinage d'une antenne, sans qu'il y ait contact entre l'instrumentiste et l'instrument.  

En 1926, Jörg Mager (1880-1939) présente au Festival de Donaueschingen son Sphaerophon ou Elektrophone, instrument électronique commandé par claviers et manivelle, pour naviguer sur "l'océan des sons" (il est capable d’émettre des micro-intervalles, quart, sixième, huitième de tons).  Les instruments électroniques de Mager seront utilisés pour les représentations des opéras de Wagner à Bayreuth vers 1930.  

En France, dès 1927, le facteur d’orgue Eloy Coupleux (1878-1957) et Armand Givelet, ingénieur physicien, collaborent à la réalisation du « clavier à lampes » instrument entièrement électronique, composé d’oscillateurs à lampes et de haut-parleurs. Trois ans plus tard, ils mettent au point un orgue électronique, le Givelet, pour l’église de Villemonble.

En 1928, Maurice Martenot (1898-1980) présente l'instrument électronique qui porte son nom, l’onde Martenot, joué à l'aide d'un clavier et aussi d'un ruban qui donne accès au continuum des fréquences.

La même année, Friedrich Adolf Trautwein (1888-1956) introduit le trautonium, qui applique la théorie des formants. Développé et joué par Oskar Sala sous forme du Mixtur-Trautonium, il comporte des commandes d'un type nouveau pour contrôler hauteur et timbre, et il connaît un certain succès dans les années 30 et au delà (œuvres de Hindemith, Oskar Sala. Chargé de composer la bande sonore du film " Les oiseaux " d'Alfred Hitchcock, Oskar Sala utilise le Mixtur-Trautonium pour recréer les cris animaliers).  

Plus en marge, la croix sonore, instrument en bronze en forme de croix, de 1,75 de haut, avec une étoile au centre, inspiré du theremin, est construite par le compositeur russe émigré à Paris, Nikolaï Obounov en 1929. Le Musée de la musique conserve dans ses collections l’unique exemplaire connu à ce jour.  

Dans la deuxième moitié du XXe siècle, la lutherie électronique se démocratise et se standardise. L'invention du transistor en 1948 dans les Laboratoires Bell par Bardeen, Brattain et Schottsky ouvre une nouvelle ère de l'électronique : elle permet d'extraordinaires progrès dans la miniaturisation des circuits.  

A partir dès années 60, l’ordinateur joue un rôle croissant dans les techniques de composition et la synthèse du son. La norme MIDI (Musical Instrument Digital Interface), adoptée en 1983, permet une large diffusion de l’informatique appliquée au son.