Tzigane
: violon et luthéal, Maurice Ravel. Christophe Boulier,
violon. Miklos Schön, luthéal. Piano-Luthéal,
reconstitution de Daniel Magne en 1987, sur un piano demi-queue
Erard, E. 987.9.1

Le XXe siècle
est une époque de bouleversements techniques et de ruptures
esthétiques qui voit apparaître de nouveaux langages
musicaux (atonalité,
dodécaphonisme)
et remettre en question la grammaire harmonique (tonalité)
établie depuis plusieurs siècles.
Pour le piano, c'est
un véritable défi à relever car l'instrument
à clavier a été pendant deux siècles
le « socle de la tonalité ». C'est
précisément lui qui va offrir aux musiciens le moyen
de s'émanciper, de développer toutes les possiblités
offertes par l'atonalité. Lorsqu'Arnold Schönberg
(1874-1951) compose en 1909 les trois Klavierstücke
op.11, il bouleverse des années d'habitudes pianistiques
et ouvre la voie vers une autre harmonisation.
Dans cette période
mouvante, l'ordre sonore est lui-même controversé
(musique concrète, électronique, électro-acoustique),
les esthétiques se succèdent, cœxistent, se
mêlent.
Maurice Ravel (1875-1937)
utilise les formes anciennes d'écriture pour le clavecin
(Le tombeau de Couperin, 1917) ou rend hommage à
Mozart en y mêlant des accents de jazz dans son Concerto
en sol (1931).
Igor Stravinski (1882-1971,
Sonate 1924), Bela Bartok (1881-1945, Suite op. 14,
1914), pour ne citer qu'eux, composent des pièces dans
lesquelles ils explorent la composante percussive du piano.
Georges Cloëtens
invente en 1919 un système additionnel au piano à
queue, permettant de reproduire le son de cymbalum et le jeu
de luth du clavecin, très riche en harmoniques, qu'il nomme
« luthéal ».
Maurice Ravel utilise
cet instrument dans deux de ces compositions, Tzigane
(1924) et L'enfant et les sortilèges (1920-1925).
Le compositeur propose pour remplacer le piano luthéal,
de jouer sur un piano droit dans lequel on aurait placé
des feuilles de papier entre les marteaux et les cordes.
Quelques années
plus tard, l'invention du « piano préparé
» de John Cage (1912-1992) rappelle d'une certaine manière
ce procédé.
A partir de 1938, le
compositeur américain « prépare »,
son piano à l'aide de différents objets et matières
disposés de manière à modifier la résonnance
des cordes. Les propriétés acoustiques de l'instrument
sont transformées. De même s'accroît la variété
de sons imprévisibles.
Ces quelques exemples
illustrent l'intérêt toujours renouvelé dont
témoignent les compositeurs et les interprètes pour
le piano, même s'il n'est plus l'instrument-roi comme au
XIXe siècle.
Son timbre a tendance
à se standardiser en suivant la normalisation de l'acoustique
des salles de concert.
Les facteurs n'ont de
cesse également d'adapter l'instrument aux nouvelles technologies
(électrification, synthèse du son, numérisation…).
Le piano continue à
être l'un des instruments les plus pratiqués dans
les écoles de musique. |