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Pièces les plus emblématiques du musée

Vièle sarangi, Inde, XVIIe siècle ?

Numéro d'inventaire : E.1403

Vièle sarangi, Inde, XVIIe siècle ?, E.1403

L'exceptionnelle qualité de la facture de ce sarangi laisse penser qu'il a peut-être été réalisé pour un personnage de haut rang ou un musicien de cour particulièrement apprécié.

La sonorité émouvante du sarangi s'apparente au timbre de la voix et dès son apparition (le terme est mentionné pour la première fois dans une légende jaïn datée du XIe siècle), il s'impose comme l'instrument de prédilection pour accompagner le chant. Il demeure longtemps le compagnon de route de bardes itinérants qui sillonnent les quatre coins de l'Inde.

Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, les joueurs de sarangi deviennent les professeurs et accompagnateurs des danseuses-courtisanes très prisées des milieux aristocratiques, et contribuent à la vitalité des arts de la scène. Un siècle plus tard, la nouvelle société anglo-indienne, empreinte de l'esprit puritain de l'Angleterre victorienne, met au ban de la société ces courtisanes et, par voie de conséquence, le sarangi.

Le sarangi appartient à une importante famille de vièles à manche court et semble l'instrument à cordes le plus répandu dans la moitié nord de l'Inde durant cinq siècles. Comme toutes les vièles de cette région du monde, il a la particularité d'être taillé dans un seule pièce de bois. Composé d'un chevillier massif, d'un manche rectiligne et d'un résonateur allongé et cintré en son milieu, ce petit instrument de facture modeste se joue à la verticale, posé sur les genoux.

L'exemplaire du Musée de la musique, muni de quatre cordes en boyau, est somptueusement décoré. Sa taille, comme sa forme et l'absence de toute corde sympathique, semblent indiquer que cet instrument unique date du XVIIe siècle. Le chevillier et la touche sont rehaussés de placage d'ivoire délicatement peints de motifs floraux et d'oiseaux rouge et vert. Au-dessus de l'arcade ouverte dans le chevillier, un relief en ivoire sculpté représente trois divinités : le fils du dieu Shiva, Murigan, avec son vahana (« véhicule »), le paon, entouré de ses deux épouses. Au-dessus est peinte une déesse, probablement Kali. De part et d'autre de l'ornement sommital, sont représentés deux perroquets, en ivoire peint. Le style du relief sculpté laisse penser que l'instrument pourrait être originaire du sud de l'Inde (région du Tamil Nadu).

Tardivement réhabilité mais représentant aujourd'hui une tradition très affaiblie, le sarangi a retrouvé sa fonction d'accompagnement auprès des chanteurs de Khyal et depuis un demi siècle environ, est devenu un instrument soliste à part entière.

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