




|
|
Suite
n°1 en ré mineur : La Portugaise
de Jean- Baptiste Antoine Forqueray. Aurélien
Delage, clavecin. Fac-similé
du clavecin fait par Goujon en 1749.

Les décors qui ornent les instruments de musique depuis
leur origine ont une fonction esthétique et sociale. Objets
de divertissement, les instruments sont regardés autant
qu'écoutés. Ils sont un élément du
mobilier qui agrémente les salons de la noblesse, suivant
le style en vogue.
Le clavecin se prête admirablement aux décors peints
parce qu'il offre les larges surfaces de ses éclisses
et de son couvercle. Chaque partie est ornementée, plus
ou moins richement selon les époques et les pays.
La table d'harmonie reçoit souvent, en Flandres, des peintures
à la
détrempe représentant des fleurs, des oiseaux,
des insectes qui témoignent du commerce des fleurs et des
oiseaux exotiques au XVIe siècle à Anvers. En France,
la même technique est appelée « peinture en
miniature ». Le nom du facteur apparaît fréquemment
sur la table
d'harmonie, comme élément composant de la rose,
ou bien au-dessus du clavier.
Les éclisses
et le couvercle portent un décor le plus souvent homogène
et varié : du bois naturel ou noirci pour les clavecins
français du XVIIIe siècle, aux peintures « faux
marbre » des instruments flamands.
Mais l'intérieur du couvercle reste l'emplacement idéal
pour des compositions plus grandes et plus élaborées,
confiées très souvent à un maître ou
un peintre de renom.
Les « décors à la chinoise » sont très
en vogue dès la fin du XVIIe siècle, en France,
puis en Allemagne et en Angleterre. La Chine et le Japon sont
indistinctement associés. Des scènes peintes évoquent
la vie quotidienne de ces deux pays sur fond laqué noir
et rouge.
Les artistes puisent leur inspiration dans des sources communes.
Les scènes musicales antiques et bibliques occupent une
place de choix. Le roi David, Apollon, Athéna, les Muses,
les anges et les satyres musiciens, Amphion, Orphée, sont
leurs sujets préférés. Les paysages, idéalisés,
quelquefois fragmentés, sont composés de scènes
champêtres, de danses, de motifs floraux, animaliers ou
architecturaux. Ces « panneaux » sont quelquefois
des copies d'après des œuvres de grands maîtres
(Teniers, Breughel le Vieux…), ou des compositions originales.
Les peintres spécialisés
qui réalisaient les décors pouvent être soit
rattachés à l'atelier, comme c'est le cas de la
Guilde de Saint-Luc à Anvers, soit indépendants
de la corporation, comme, en France au XVIIIe siècle, Doublet
« Peintre et Doreur de clavecins et forte pianos ». |