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Lénine, Staline et la musique

Réalisme socialiste

L'idéal soviétique

Vue de l’exposition, photo Léonie Young © Cité de la musique

Un nouvel ordre économique, fondé sur l’industrialisation, s’impose et l’homo sovieticus rivalise désormais avec le modèle capitaliste, au sein d’un schéma social dont les rouages huilés sont entretenus par une propagande omniprésente.

Le pays s’appuie sur une vie artistique riche et reconnue, qui s’exporte au-delà des frontières. L’image véhiculée par les tableaux d’envergure et les chansons populaires à succès est celle d’un pays conquérant, en marche et d’une puissance industrielle et militaire rayonnante. En coulisses, les compositeurs sont condamnés à collaborer avec le régime stalinien sous peine d’être broyés par la terreur.

La vitrine du régime

La modernité architecturale moscovite sert de vitrine au régime stalinien. En effet la nouvelle capitale est sublimée par les projets architecturaux démesurés, tels le métro de Moscou inauguré en 1935. Les grandes réalisations du gouvernement soviétique servent non seulement à renforcer la légitimité de Staline, mais aussi à en faire le garant de la grandeur nationale. Les arts, et la musique en particulier, contribuent à cette glorification et le pouvoir y porte beaucoup d’intérêt : Staline, comme tous les hauts dignitaires du régime, assiste régulièrement aux représentations du Bolchoï.

Musique légère et patriotique

Le développement de la musique légère est lié à l’industrialisation croissante du cinéma et à l’essor de la radio et du disque. Cette nouvelle forme artistique, avec principalement les chansons d’Isaak Dounaïevski, l’un des premiers lauréats du prix Staline, devient un outil important de la propagande soviétique illustrant la fameuse phrase de Staline : « La vie est devenue meilleure, la vie est devenue plus gaie. »

La « Chanson de la patrie » et la « Marche des enthousiastes » interprétées par l’actrice charismatique Lioubov Orlova dans les films Le Cirque (1936) et La Voie lumineuse (1940) d’Alexandrov résonnent comme d’irrésistibles invitations au travail et au patriotisme. 

Nouveaux canons officiels et création indépendante

Après la résolution du 23 avril 1932 « Sur la restructuration des organisations littéraires et artistiques », toutes les organisations existantes sont dissoutes, y compris les associations prolétariennes, et cèdent la place à de nouvelles unions, comme l’Union des écrivains ou l’Union des compositeurs. Hors de celles-ci, aucune activité professionnelle n’est envisageable et les compositeurs se voient dans l’obligation d’écrire une musique conforme aux déclarations de Staline : joyeuse et accompagnant le « chemin radieux ». Chostakovitch et Prokofiev, revenu au pays en 1936, se verront régulièrement taxés de formalisme, tandis que d’autres compositeurs, tels Tikhon Khrennikov ou Aram Khatchatourian seront encensés par le régime.

Le rôle des interprètes

L’enseignement musical de haut niveau, soutenu par l’Etat, forme de jeunes interprètes (principalement des pianistes et des violonistes). Leurs succès dans de prestigieux concours internationaux sont mis en avant par la propagande comme un argument imparable pour démontrer les avantages du régime socialiste. En 1927, le pianiste Lev Oborin remporte le premier Concours Chopin de Varsovie. Il devient le partenaire privilégié de David Oïstrakh, lauréat du concours Ysaÿe de Bruxelles en 1937, qui devient l’une des figures de proue de la vie musicale sous Staline.

Œuvres encensées, œuvres condamnées

Vue de l’exposition, photo Léonie Young © Cité de la musique

Parmi les œuvres scéniques de cette époque se détachent Lady Macbeth de Mtsensk de Dmitri Chostakovitch et Le Don paisible d’Ivan Dzerjinski. Le gouffre qui sépare ces deux opéras est significatif : se concentrant sur des aspects sombres de l’histoire russe, Chostakovitch crée un langage musical synthétisant l’univers sonore du XIXe siècle et les nouvelles avancées occidentales, tandis que l’opéra de Dzerjinski, compositeur issu d’un milieu prolétaire, consiste en une suite de chansons, de danses folkloristes et d’interventions chorales massives.

En janvier 1936, Staline et son entourage assistent aux deux spectacles. Peu de temps après, un article publié dans la Pravda et intitulé « Le chaos remplace la musique » condamne fermement Chostakovitch pour son livret jugé scabreux et son écriture avant-gardiste. Le Don Paisible est, bien entendu, érigé en modèle à suivre.

Thématiques du réalisme socialiste

L’idéal stalinien consiste à élaborer une image de la société puis à l’imposer à la réalité même. Les thèmes du patriotisme, de l’héroïsme, de la jeunesse, du folklore et de l’enthousiasme au travail, représentés dans le cadre de rencontres officielles, de réunions, de fêtes ou de compétitions sportives, dictent le contenu des œuvres. Tableaux de grandes dimensions, affiches de propagande et cinéma à grand spectacle entretiennent le mythe d’un présent et d’un futur idéalisés.

Sabotage industriel

Le spectre du capitalisme, de l’impérialisme occidental ainsi que de l’ennemi intérieur déterminé à détruire le socialisme en construction, suscite un climat de paranoïa entretenu par le régime. Il fournit le thème à de nombreux films et productions artistiques.

Ainsi, le ballet Le Boulon de Chostakovitch a pour sujet la tentative d’un ouvrier licencié de saboter une machine. L’argument est volontairement simple et les personnages décrits en des termes manichéens.

Sport

Vue de l’exposition, photo Léonie Young © Cité de la musique

Puissamment fédérateur, le sport devient un reflet de la grandeur des nations. Le régime soviétique en mesure l’enjeu en termes de propagande. Une partie de la jeunesse soviétique est embrigadée et formée en athlètes de haut niveau. À travers son ballet L’Âge d’or, Chostakovitch thématise, dans le contexte de la visite d’une exposition industrielle en Europe de l’Ouest par une équipe de footballeurs soviétiques, le contraste entre un Occident « décadent » et une Union soviétique « robuste ».

Kolkhozes

Acronyme de kollektivnoe khoziatsvo (exploitation collective), le kolkhoze est la structure caractéristique de l’agriculture soviétique. Les artistes se font l’écho de cette collectivisation idéale et célèbrent les vertus de la vie paysanne, malgré les famines récurrentes et meurtrières qui vont parfois jusqu’à décimer des populations entières.

Folklore

Les contours géographiques de l’Union des républiques socialistes soviétiques (URSS), créée en décembre 1922, reprennent les limites de l’empire tsariste, même si certaines minorités résistent un temps à cette reconquête. Le Soviet des nationalités, organe de l’État assurant la représentation des différents peuples qui composent le pays, favorise l’affirmation de folklores locaux. Le compositeur Aram Khatchatourian intègre des musiques populaires, principalement arméniennes, dans ses grandes formes symphoniques : il ouvre ainsi une voie suivie par des compositeurs issus des républiques non-européennes de l’URSS.

Jeunesse

Considérés comme l’avenir du peuple soviétique la jeunesse est embrigadée dès son plus jeune âge. De 10 à 14 ans, les Pionniers, organisation formée en 1922 après l’interdiction du scoutisme, précèdent la Ligue de la jeunesse communiste (Komsomol). Ils s’entraînent au sport, au tir et dénoncent l’ennemi potentiel, y compris au sein de leurs propres familles. Des œuvres musicales sont dédiées à la jeunesse, tandis que la pédagogie est au cœur de la création du compositeur Dmitri Kabalevski, véritable ambassadeur du régime.

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