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Lénine, Staline et la musique

Utopies

L'art et la révolution

Vue de l'exposition, photo Léonie Young © Cité de la musique

Au lendemain de la révolution, Lénine nomme Anatoli Lounatcharski à la tête du Commissariat du peuple à l’Instruction (Narkompros). Humaniste éclairé, il encourage une politique culturelle marquée à la fois par le respect du patrimoine et l’ouverture aux courants les plus novateurs. Marc Chagall, Vsevolod Meyerhold et bien d’autres artistes se voient confier des postes à responsabilités. Quant au compositeur Arthur Lourié, il dirigera brièvement le département musical du Narkompros, le Muzo.

La fin de la guerre civile et la proclamation de la Nouvelle politique économique (NEP) en 1921 favorisent une normalisation relative de la vie culturelle, marquée par un certain pluralisme musical.

La création musicale révolutionnaire

Derrière l’unité de façade du régime se cachent cependant deux conceptions de l’art : pour Anatoli Lounatcharski, le patrimoine culturel doit être mis à la disposition des masses et le socialisme doit se construire sur l’utilisation de l’héritage capitaliste et non sur sa destruction. Pour les membres du Proletkult, organisation prolétarienne indépendante, l’art révolutionnaire doit provenir au contraire directement des masses. Lénine, qui trahit dans ses goûts personnels un conservatisme bourgeois, tranchera : en octobre 1920, il appelle le prolétariat à s’approprier toute la richesse de la culture mondiale et s’oppose aux conceptions théoriques du Proletkult, lui reprochant ses velléités d’indépendance par rapport à la ligne du Parti. Le Proletkult sera bientôt incorporé au Narkompros.

Hymnes et éducation

Vue de l'exposition, photo Léonie Young © Cité de la musique

Les mouvements sociaux de février et octobre 1917 favorisent la multiplication d’hymnes et de mélodies révolutionnaires. Au lendemain de l’abdication du tsar, la Marseillaise est choisie par le peuple pour chanter la fin de l’oppression. Jugeant la révolution française encore trop bourgeoise, Lénine n’apprécie guère ce chant révolutionnaire et favorise L’Internationale qui devient en 1918 le nouvel hymne national. Entonné dans toutes les manifestations politiques, il couronne régulièrement les nombreux spectacles de masse.

Dans le cadre du nouvel ordre social, l’accent est mis sur l’éducation des masses, ce qui encourage l’édition de nombreux recueils pédagogiques.

La création musicale savante

Le pluralisme musical encouragé par les instances idéologiques du régime provoque une polémique entre l’Association pour la musique contemporaine (AMC) et l’Association russe des musiciens prolétariens (ARMP). La première regroupe les tenants d’une musique savante, traditionnelle ou avant-gardiste, tandis que l’objectif de l’ARMP est de prolonger l’œuvre du Proletkult. Elle s’oppose à l’héritage classique, proclamé « bourgeois », à la plupart des compositeurs de musique savante et à la musique légère.

Les protagonistes du renouveau musical

Vue de l'exposition, photo Léonie Young © Cité de la musique

Le compositeur Arthur Lourié s’emploie activement à restructurer l’enseignement de la musique et la vie musicale en organisant des manifestations destinées à un large public et en remodelant le répertoire des concerts et des opéras, conformément aux directives du régime. Ses initiatives se heurtent cependant à la résistance d’une partie des musiciens d’obédience prolétarienne. En 1921, il démissionne et émigre l’année suivante.

Parmi les tenants de l’avant-garde, Nikolaï Roslavets travaille à l’adaptation au chant de masse d’un système tonal « synthétique », tandis qu’Alexandre Mossolov introduit dans certaines de ses pièces les effets percussifs inspirés du rythme de la vie industrielle.

Le courant machiniste

L’engouement pour la machine et l’expression d’une mythologie prolétarienne et industrielle se développent en Europe vers 1922 dans les œuvres de Hindemith, Prokofiev et du Groupe des Six (Milhaud, Honegger…). L’avant-garde soviétique s’en empare également, sous l’influence du slogan de Lénine : « Le socialisme, c’est le pouvoir des soviets plus l’électrification du pays ». Polovinkin et Dechevov écrivent des pièces pour piano intitulées Elektrifikat et Rails. Mossolov compose Fonderies d’acier, tandis que Prokofiev écrit, de Paris, un ballet « constructiviste » pour les Ballets russes, Le Pas d’acier.

Le voyage en URSS de Prokofiev

Près de neuf ans après son départ aux États-Unis, Serge Prokofiev entreprend en janvier 1927 un voyage de trois mois en URSS. Invité à l’occasion du dixième anniversaire de la révolution, il revoit ses amis artistes, se produit avec l’orchestre sans chef Persimfans et assiste à Leningrad (nouveau nom de la ville de Petrograd à partir de 1924) à une production de son opéra L’Amour des trois oranges.

Vécue comme un événement extraordinaire, à la fois pour la famille Prokofiev et pour les officiels soviétiques, cette visite jouera un rôle primordial dans la décision du compositeur de se réinstaller définitivement en Union soviétique, en 1936.

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