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Le Grand Macabre

L'histoire racontée par Roland Topor
 

Premier Tableau

Nekrotzar sans sexe malheureusement, dessin de Roalnd Topor, Teatro Comunale de Bologne.
Nekrotzar sans sexe malheureusement, dessin de Roland Topor, Teatro Comunale de Bologne

Le Grand Macabre, c'est Nekrotzar, l'ange, plutôt la bête de la mort. Par une nuit bien sombre, il sort de son tombeau comme le premier Nosfératu venu, et jure de mettre un terme à l'existence des infortunés habitants de Breughellande. Il va tirer le trait final, éteindre toute vie, qu'elle soit innocente ou pas, de la surface de ce malheureux pays. Rien ne parvient à l'attendrir : ni la passion de Spermando et Clitoria, les deux amants à la recherche d'un petit coin tranquille pour s'aimer, ni les hoquets de Piet, l'ivrogne. Il consent, pourtant, à laisser un répit aux amoureux et fait de Piet sa sinistre monture. La fin du monde est proche.

 

Deuxième Tableau

Mescalina, on a impitoyablement divisé les seins en deux, dessin de Roland Topor, Teatro Comunale de Bologne.
Mescalina, on a impitoyablement divisé les seins en deux, dessin de Roland Topor, Teatro Comunale de Bologne

Chez Astradamors, l'intellectuel masochiste, Nekrotzar sera plus clément. D'abord, il se débarrasse de son encombrante épouse, Mescalina, l'inassouvie qui implore Vénus de lui envoyer un vrai mâle. Ensuite, il lui promet de le tuer en dernier, juste récompense de sa clairvoyance, puisque depuis longtemps Astradamors prédisait sa venue.

 

Troisième Tableau

Sisifar, chef de la police, dessin de Roland Topor, Teatro Comunale de Bologne.
Sisifar, chef de la police, dessin de Roland Topor, Teatro Comunale de Bologne

Le Grand Macabre arrive enfin à la cour du prince Go-Go, dérisoire souverain du pays de Breughellande, pris entre deux ministres, le Blanc et le Noir, dont les disputes continuelles cachent mal une connivence parfaite pour pressurer et manipuler un peuple remuant, mais bon enfant, que quelques paroles du prince suffisent à rendre docile.

Pourtant, le chef de la terrible police secrète Sisifar, a eu vent de la catastrophe prochaine. On ne l'a pas cru. Maintenant, il est trop tard. Le Grand Macabre clame sur tous les tons que la rigolade est terminée, que l'hécatombe va commencer. Il a soif de sang.

Pris d'une inspiration qui n'a pour lui rien d'extraordinaire, Piet sert à boire. Du vin. Et la mort boit. Elle porte toast sur toast à la mauvaise santé des condamnés. Elle se régale de ce liquide vermeil qu'elle croit être le sang de ses victimes. Jusqu'au moment où Nekrotzar, ivre-mort, tombe du cheval en bois de Go-Go, sur lequel il s'était péniblement hissé.

 

Quatrième Tableau

Décor (Acte 1, Scène 1 ; Acte II, scène 2) : Paysage Breuhelland. "Le verre se vide. La mortadelle déverse ses vers. Le jambon se coupe en tranche. Le plat d'oeufs se soulève : il y a des asticots dessous. Les mégôts fument. Dessin de Roland Topor. Teatro Comunale de Bologne.
Décor (Acte 1, Scène 1 ; Acte II, scène 2) : Paysage Breuhelland. "Le verre se vide. La mortadelle déverse ses vers. Le jambon se coupe en tranche. Le plat d'oeufs se soulève : il y a des asticots dessous. Les mégôts fument. Dessin de Roland Topor. Teatro Comunale de Bologne

Et le miracle se produit. Breughellande ne meurt pas. C'est la mort qui crève, pour avoir bu du vin, cet élixir de vie, qui n'a du sang que la couleur. Le vin capable de renvoyer la mort dans le néant. Les habitants de Breughellande ne comprennent pas tout de suite leur chance. Ils se croient trépassés et pleurent sur leur sort cruel. Mais ils ne tardent pas à constater leur méprise. La mort, pour l'instant, a disparu. Le Grand Macabre a perdu la partie, même si sa revanche n'est qu'une question de secondes. Alors pourquoi se lamenter ? Il faut boire et se réjouir d'être en vie. Voilà la morale de l'histoire.

Extrait de la Préface de Roland Topor parue dans Le Grand Macabre, dessins des décors et costumes. © L'Avant-Scène, Paris 1981.

Pour aller plus loin
L'ouvrage de référence :
« Le Grand Macabre », L'Avant-Scène Opéra, Bimestriel n°180, nov-déc. 1997


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