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L'invention du sentiment

De la tragédie au cauchemar
 
Antoine-Jean Gros (Paris, 1771 - Meudon, 1835), Sapho à Leucate, H/t., 1,22 * 1 m. Signé daté sur le rocher : Gros 1801. Bayeux, © musée Baron Gérard. inv. Poo23 Sapho à Leucate, Antoine-Jean Gros, © Bayeux, musée Baron Gérard

Cette partie tend à montrer, par quelques exemples significatifs, la permanence, mais aussi les transformations vers un pathos et une théâtralité plus marqués, du sujet classique dans les premières décennies du XIXe siècle, alors même que se développe une nouvelle thématique, où l'expression de la raison, et même du sentiment, cède le pas à la mise en avant d'émotions intenses, voire d'états seconds - le cauchemar, les délires, la hantise de la mort.

Cette thématique est celle du romantisme, dans son acceptation la plus commune.

Si les sujets antiques sont toujours traités, des sujets nouveaux apparaissent et correspondent au renouvellement de la forme. La liberté de l'artiste est souveraine. L'esquisse acquiert le statut de l'œuvre finie, l'ébauche en devenir contient l'œuvre terminée au même titre que les pièces fugitives ou rhapsodiques, études, feuillets d'albums, nocturnes, bagatelles et ballades dans le domaine musical.

Par ailleurs, l'estampe devient un moyen d'expression autonome grâce à de   nouvelles techniques mises au point dans le domaine de la gravure sur bois, dans celui de la gravure en taille douce, et surtout, grâce à l'invention de la lithographie. Delacroix oriente l'estampe dans une voie plus inédite : l'estampe reproduit et imite volontairement un dessin, c'est à dire le mode d'expression le plus intime de l'artiste, qui s'y livre avec un abandon visible.

Le premier terme de la section (sujets classiques) est organisé autour de la Sapho de Gros.

Sa toile, Sapho à Leucate, attire d'emblée tous les regards au salon de 1801 par son atmosphère nocturne, sa poésie et l'harmonie de ses bleus profonds. Comme Reicha, le peintre mêle deux Sapho : la poétesse grecque de l'île de Lesbos, et la cithariste qui se jette du haut du rocher de Leucate par amour déçu pour Phaon.

La tête renversée en arrière, la jeune femme s'élance les yeux fermés, ses voiles flottent au vent, véritable métaphore du basculement de la peinture classique vers l'imaginaire romantique en formation.

Dans le second sont évoqués deux thèmes : celui de Faust, homme de raison emporté par son désir de maîtrise, de connaissance absolue mais aussi d'éternelle jeunesse, et celui des chevauchées fantastiques, où le héros, emporté au grand galop dans la nuit, a rendez-vous avec la mort. Ce thème est particulièrement univoque dans la lithographie d'Eugène Delacroix, Faust et Méphistophélès galopant dans la nuit du Sabbat où Faust et Méphistophélès galopent dans la nuit pour tenter de délivrer Marguerite. Faust monte un cheval noir, qui bondit dans l'air la croupe et la queue relevées. Effrayé par la vue des sorciers rôdant autour du gibet, il tourne un visage anxieux vers Méphistophélès et l'écoute.

Celui-ci, imperturbable, le rassure, assis sur un coursier spectral, à la crinière dressée comme électrisée, presque phosphorescent dans les ténèbres.

Goethe voyant la lithographie loue l'artiste d'avoir ainsi illustré son texte, estimant que lui-même n'avait « pas imaginé la scène avec autant de perfection ! »

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