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L'invention du sentiment

La rhétorique des larmes et la vertu des héros
 
Jacques- Louis David, Le serment des Horaces, Paris, © musée du Louvre
Le serment des Horaces, Jacques- Louis David, Paris, © musée du Louvre

C'est le point de départ de l'exposition d'un point de vue chronologique et surtout thématique.

L'expression du sentiment est abordée sous l'angle de la vertu héroïque, l'exemplum virtutis bien connu, et sous celui, réel mais un peu oublié dans l'historiographie de la seconde moitié du XVIIIe siècle, de la sentimentalité féminine. Se répondant et s'opposant, ces deux versants de l'expression des affects montrent à la fois les permanences et les ruptures avec la période précédente.

Le premier exalte la vertu héroïque des personnages dans un style épuré, sévère et énergique. Le tableau Etude D'Ensemble Pour Le Serment Des Horaces de David met en lumière la trinité du salut des trois Horaces à leur père au moment du serment. L'énergie et le parallélisme de leurs gestes expriment leur cohésion et le caractère inexorable de leur serment. Le dévouement à la patrie impose de renoncer aux attachements hérités des liens du sang.

Le second met l'accent sur la déploration, la douleur, l'abandon, dans l'élaboration d'une rhétorique des larmes déployée dans une gamme de sentiments allant du « touchant » jusqu'au désespoir le plus sombre.

Deux artistes, représentants de cette part « féminine » de l'expression du sentiment, Jean-Baptiste Greuze et Angelika Kauffmann, sont mis en avant. Le succès de ces artistes est alors considérable en raison du pathos très particulier présent dans leurs œuvres. Les tableaux choisis possèdent un caractère théâtral marqué. La rhétorique des sentiments s'y manifeste avec évidence.

La peinture d'Angelika Kauffmann, La Mort d'Alceste reflète cet esprit. Sacrifiant sa vie pour apaiser la colère des dieux qui réclament la mort de son conjoint, le roi Admète, Alceste, étendue dans une douce pénombre, les yeux clos, s'abandonne dans ses bras et lui confie leurs enfants. Exemple de vertu, sa mort est avant tout un hymne à la sensibilité féminine.

La figure du héros est présentée sous l'angle de la confrontation entre quelques-uns des peintres d'histoire du temps : West, David, Peyron, Drouais, entre l'Angleterre et la France, entre l'inspiration contemporaine et l'illustration de l'histoire ancienne, tout en s'appuyant sur des œuvres clés, au retentissement capital.

Le recours aux sujets modernes met un terme à l'hégémonie des récits antiques : le goût pour les intrigues romanesques permet l'exploration de toute la gamme des sentiments individuels, sans exclure l'ouverture sur le monde héroïque des personnages historiques, qui fait écho aux grands événements qui bouleversent l'Europe au tournant du siècle.

Le tableau de Gros, Le Général Bonaparte au pont d'Arcole Le 17 Novembre 1796 fait de Bonaparte la figure moderne du héros antique. Le visage du Général frappe les imaginations par sa ressemblance avec les bustes romains. Gros, consciemment, l'offre ici en modèle au spectateur, en magnifiant son comportement héroïque à la bataille d'Arcole, où il rallie ses troupes derrière lui afin d'emporter la décision finale.

Angelika Kauffmann (Coire, 1741 - Rome, 1807), La Mort D' Alceste, H/t., 1,140 * 1,540 m, signé et daté : Angelika Kauffmann pinx. / 1790,© Bregenz Vorabelger Landesmuseum, inv. Gem 108
La Mort d' Alceste, Angelika Kauffmann (Coire, 1741 - Rome, 1807), 1790, © Bregenz, Vorabelger Landesmuseum
Antoine-Jean Gros (Paris, 1771 - Meudon, 1835). Le Général Bonaparte Au Pont D' Arcole Le 17 Novembre 1796, H/t., 1,30 * 0,94 m, Versailles, © Musée national du château, inv.MV6314 ; RF 271.
Le Général Bonaparte au pont d' Arcole Le 17 Novembre 1796, Antoine-Jean Gros (Paris, 1771 - Meudon, 1835), © Versailles, Musée national du château
 

 

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